Procès Netanyahou : le Parquet mis à mal par les avocats du Premier ministre


Le procès de Binyamin Netanyahou dans le cadre de l’affaire 4000 se poursuit au tribunal à Jérusalem.

Ces derniers jours c’est Polina Govsman-Krib, l’enquêtrice de l’autorité de régulation financière, qui est à la barre.

Procès Netanyahou : le Parquet mis à mal par les avocats du Premier ministre

L’organisme auquel elle appartient est celui-là même qui a estimé qu’il y avait matière à ouvrir un dossier pour corruption concernant la fusion Yes-Bezeq.

 

Les avocats de Binyamin Netanyahou et de Shaoul Alowitz – directeur de Bezeq et du média Walla ! à l’époque des faits – se sont attachés à démontrer que l’enquête de Polina Govsman-Krib n’a pas été menée dans les règles et ils ont fait ressortir les zones d’ombre.

Me Jacques Hen, l’avocat d’Alowitz a souligné le caractère particulièrement agressif des enquêteurs de l’autorité de régulation financière.

 »Vous savez que les deux semaines pendant lesquelles Shaoul Alowitz était en état d’arrestation ont considérablement dégradé son état de santé mental et physique? ». Govsman-Krib a répondu qu’elle connaissait l’existence de documents médicaux dans ce sens.

L’enquêtrice ne se souvenant plus des propos exacts tenus à ce moment-là – les faits remontent à cinq ans – l’avocat les a montrés à l’assistance :  »Mon corps ne tient pas. Je vous demande de faire vite. Je ne pourrai pas tenir », a dit Alowitz à ses enquêteurs.

Me Hen précise alors que son client a demandé que l’interrogatoire soit fait en douceur, sans cris. Ce à quoi l’un des enquêteurs lui a répondu :  »Personne n’a jamais crié sur vous jusqu’à aujourd’hui ». Me Hen s’adresse alors à Govsman-Krib :  »Etes-vous d’accord avec moi que c’est faux? ». L’enquêtrice a reconnu qu’il y avait déjà eu des cris lors des différents interrogatoires mais a précisé que ce mensonge n’avait pas été prononcé en sa présence.

Elle a néanmoins reconnu que les méthodes employées pendant cette enquête avait été exceptionnelles.

Par la suite, Me Hen a présenté à l’enquêtrice un document signé de Shlomo Filber, le directeur du ministère des Télécommunications de l’époque, à l’attention de l’autorité de régulation financière, au sujet de la fusion Bezeq-Yes. Les enquêteurs de l’administration en question ont tout simplement ignoré ce document pendant toute la durée de leur enquête et ne l’ont présenté à aucune des nombreuses personnes qu’ils ont interrogées dans le cadre de cette affaire.

Pour l’avocat d’Alowitz, ce document revêt une importance particulière et le fait qu’il ait été mis de côté montre que l’enquête était orientée. Polina Govsman-Krib nie avoir ignoré ce document de manière intentionnelle et lui attribue une importance secondaire.

 

Puis, Me Hen interroge le témoin sur la question de savoir si l’autorité de régulation financière avait enquêté sur l’existence de propositions à la société HOT comme celles faites à Bezeq concernant une fusion avec Yes. Sur ce point, Polina Govsman-Krib a reconnu qu’aucune enquête approfondie n’avait été menée.  »Sur la base des mails de Shlomo Filber nous avons déduit qu’il n’était pas nécessaire d’enquêter sur d’autres sociétés ».

 

Cet après-midi, Polina Govsman-Krib a été interrogée par Me Boaz Ben Tsur, l’avocat de Binyamin Netanyahou. Il a mis en avant le fait que lors de l’interrogatoire de Shlomo Filber, ce dernier avait demandé à se rafraichir la mémoire concernant une réunion au sujet de la fusion Bezeq-Yes qu’il aurait tenue avec Binyamin Netanyahou. Il a donc réclamé un accès à son agenda qui lui a été refusé.

Govsman-Krib a répondu qu’il avait pu consulter des éléments dans un téléphone.

Le juge Shaham lui demande alors:  »Est-ce que ce que vous lui avait montré dans le téléphone était identique à l’agenda? »

Govsman-Krib : Je ne m’en souviens plus

Le juge Shaham : Est-il possible qu’il ait vu des choses différentes de celles notées dans son agenda?

Govsman Krib : Je ne sais pas, je n’étais pas impliquée dans cette demande.

Elle reconnait ensuite qu’aucune rencontre n’a eu lieu entre Netanyahou et Filber pendant la première semaine où celui-ci a pris ses fonctions de directeur du ministère des Télécommunications, contrairement à ce que prétend l’Accusation.

 

 

Me Ben Tsur : Pourquoi alors que vous voyez qu’il n’y a pas eu de rencontre entre les deux et qu’il demande à voir son agenda, vous ne le lui présentez pas?

Le juge Bar Am : Je ne comprends pas, pourquoi ne pas lui présenter l’agenda?

Govsman-Krib : Je n’étais pas impliquée dans l’interrogatoire de Filber à ce moment-là. Je pense qu’il y avait un problème de disponibilité des documents. On lui a présenté ce qui pouvait l’être.

Me Ben Tsur : Vous avez gardé pour vous une information aussi critique?

Govsman-Krib a expliqué qu’elle avait rapporté l’information à ses supérieurs et que tout le monde savait qu’il n’y avait pas de réunion entre Filber et Netanyahou dans l’agenda.

Me Ben Tsur a alors rappelé que l’agenda n’avait pas non plus été présenté à la Défense ni à la Cour au début du procès.

 »Les documents sont chez vous, pourquoi ne les montrez-vous pas? », s’est alors interrogé Me Ben Tsur,  »A mon avis, vous savez que la rencontre n’existe pas, c’est pour cette raison. Vous l’empêchez de consulter son agenda, consciemment, vous le dirigez vers la version que vous voulez entendre et vous ne dévoilez pas la preuve objective que vous possédez, uniquement pour le (Filber, ndlr) garder dans le brouillard ».

Me Ben Tsur commence alors à décrire la manière dont l’interrogatoire se déroule. Les enquêteurs s’assoient avec Filber, dessinent un tableau avec des cases et demandent à Filber de les remplir de mémoire.

 

L’avocat de Binyamin Netanyahou lance alors à Polina Govsman-Krib qu’il est impossible qu’elle n’ait pas su que des contradictions apparaissaient entre le dessin réalisé avec les enquêteurs et l’agenda qui était en leur possession. Le juge s’est étonné que ces contradictions n’aient pas fait l’objet d’une enquête apprfondie.

 

La procureur, Yehoudit Tirosh s’est alors insurgée :  »Je conteste la manière dont les choses sont présentées. D’après les mémos des éléments de l’enquête et ce qui se trouve dans l’agenda, nous comprenons ce qui n’est pas dans l’agenda ».

Me Ben Tsur demande à Tirosh:  »Vous savez qu’il n’y a pas eu de rencontre pendant la première semaine et malgré cela vous déposez un acte d’accusation? ».

Tirosh se tourne vers la Cour et lance :  »En 25 ans de carrière je n’ai jamais été confrontée à un tel style. C’est vraiment moche ».

Me Ben Tsur n’est pas en reste :  »Je n’ai jamais vu un tel acte d’accusation ». Me Jacque Hen a alors élevé la voix :  »Je souhaite réagir. La Cour ne peut pas laisser dire de telles choses sans que je réagisse. Je veux dire qu’en 30 ans de carrière je n’ai jamais été confronté à une telle attitude de la part du Parquet qui a dissimulé faille après faille. C’est un scandale ».