"Je sais comment casser une rotule", le témoignage d'Aminata Diallo à la juge


HAMRAOUI. Le Parisien a dévoilé mardi 27 septembre la déposition d’Aminata Diallo qui se dit victime d’un « complot ».

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 On avait eu le témoignage de Kheira Hamraoui lors d’une interview à BFM TV le 23 septembre dernier, on a désormais la version d’Aminata Diallo dans Le Parisien ce mardi 27 septembre. l’ancienne joueuse du PSG plaide le complot comme l’explique le journal qui s’est procuré la déposition de la joueuse.

Le 16 septembre dernier, Aminata Diallo aurait ainsi assuré aux enquêteurs ne pas connaître les quatre jeunes qui l’accusent d’avoir ordonné l’agression de Kheira Hamraoui. Pourquoi la dénoncer elle alors. Réponse de la principale concernée : « C’est facile, depuis dix mois, c’est ce qu’on essaye de dire dans la presse. J’aimerais bien savoir qui sont mes complices. » Et de renchérir, un peu plus tard : « J’ai l’impression que c’est un complot contre moi. »

Tout au long de l’interrogatoire, Aminata Diallo a balayé les éléments à charge qui lui ont été présentés. Sa recherche sur comment casser une rotule ? « Je sais comment casser une rotule, donc je ne vais pas faire la recherche comment casser une rotule », a-t-elle rétorqué. Un supposé cousin impliqué dans l’affaire ? « Je ne connais pas ce cousin imaginaire. » Quid de sa rivalité avec Kheira Hamraoui ? « Je pense qu’il y avait de la place pour deux, ma situation était excellente au PSG, une volonté du club de me prolonger, donc aucun mobile sportif de faire ça à ce moment-là. »

Après avoir choisi d’exercer son droit au silence, à la suite de plusieurs questions pressantes, Aminata Diallo s’est ensuite retrouvée face à la juge d’instruction qui la mise en examen pour « violences aggravées » ainsi qu' »association de malfaiteurs ». Toujours selon les informations du Parisien, l’ex-joueuse du PSG aurait alors clamé son innocence : « Je ne suis pas la commanditaire de cette expédition. » D’après le quotidien francilien, la juge aurait tenté vainement de pousser Aminata Diallo dans ses retranchements. Sans succès. Une ultime question aurait alors été posée à l’ancienne joueuse : « Est-ce que Kheira Hamraoui était une amie ? » Ce à quoi l’interrogée aurait répondu : « C’était une collègue de club avec qui j’avais de bons rapports. » Et d’ajouter : « Aujourd’hui. Le 4 novembre, oui, c’était une amie. »

Une 5e personne en garde à vue, qui est-elle ?

Selon une information du JDD dévoilée mardi 27 septembre et confirmée par le parquet de Versailles, une cinquième personne a été interpellée et placée en garde à vue dans l’affaire Hamraoui. Dans le détail, lundi après-midi. dans le Val-de-Marne. D’après le journal, ce dernier pourrait être le cinquième membre du groupe qui s’en est pris à la footballeuse Kheira Hamraoui, le 4 novembre dernier, dans une rue de Chatou (Yvelines).

L’interview sur BFM TV de Kheira Hamraoui

La vidéo a été diffusée à 11h, sur BFMTV, vendredi 23 septembre. Kheira Hamraoui s’est longuement confiée sur son agression, le 4 novembre dernier, auprès de Bruce Toussaint, sur la chaîne d’info ce vendredi. La joueuse du PSG, qui s’était déjà exprimée sur l’affaire via les réseaux sociaux mais jamais à la télévision est aussi revenue sur les conséquences de l’affaire, qui a pris en cette rentrée des proportions considérables avec la mise en examen de son ancienne coéquipière Aminata Diallo pour « violences aggravées ».

« Tout s’écroule, ça fait mal… », a confié une Kheira Hamraoui visiblement marquée par des mois de mise à l’écart au PSG, désirant simplement « rejouer au foot » et que « tout redevienne comme avant ». « Je suis avant tout une femme, un être humain, et on ne peut pas s’acharner comme ça sur un être humain (.) Je sais qu’il y a des gens qui ne sont pas accompagnés et qui auraient pu avoir des idées sombres. J’ai eu de la chance d’avoir tenu tout au long de ces dix mois de calvaire ».

Que sait-on de l’agression de Kheira Hamraoui en novembre 2021 ?

Selon le journal L’Equipe qui a le premier relaté les faits en 2021, Kheira Hamraoui a été agressée le 4 novembre, après une soirée entre les joueuses et le staff du PSG, à proximité du Bois de Boulogne, en région parisienne. Alors qu’elles venaient de déposer une de leurs partenaires devant chez elle, Aminata Diallo et Kheira Hamraoui, qui partageaient le même véhicule, ont vu surgir deux inconnus, les visages cagoulés. Les deux hommes auraient demandé aux deux joueuses d’ouvrir leur porte. Kheira Hamraoui aurait tenté de résister alors que son agresseur s’emparait d’une barre de fer. Une fois au sol, elle recevra plusieurs coups violents au niveau des jambes.

Dans L’Equipe le 17 novembre 2021, quelques éléments clés sur l’agression ont été dévoilés. Après avoir déposé Sakina Karchaoui, Aminata Diallo et Kheira Hamraoui auraient repris la route et « quelques instants plus tard, arrivées à hauteur d' »un camion ou d’une camionnette assez haute », stationnée sur la gauche de la chaussée, les deux joueuses auraient vu surgir devant le capot de leur voiture, deux inconnus, visages masqués par des cagoules noires. » « À ce moment-là, je ne vois pas d’arme. Ils se mettent tout de suite à hurler  : « Ouvre la porte  ! Ouvre la porte  ! « . « Celui qui était de mon côté s’est saisi de moi et m’a extirpée du véhicule. Avant, il s’est emparé d’une barre de fer rectangulaire qu’il avait cachée dans son pantalon ou sous son pull. Il m’a donné un premier coup dès les premiers instants de l’agression pour m’obliger à sortir de l’habitacle. Je suis tombée sur la route puis sur le côté droit de la chaussée. Mon agresseur m’a frappée à l’aide d’une barre de fer à plusieurs reprises. J’ai vu qu’il visait essentiellement mes jambes et moi, j’essayais de me protéger avec mes mains ».

Durant son audition, Kheira Hamraoui aurait également décrit les agresseurs de manière assez précise. Ces derniers seraient âgés de « 20-25 ans », « 1,85 m environ », « de corpulence fine », « vêtus de sombre ». Elle aurait aussi ajouté qu’ils avaient un « accent de racailles » (sic). Les enquêteurs chercheraient depuis le début de l’affaire à comprendre comment la voiture a pu être repérée puis bloquée si facilement. Kheira Hamraoui aurait expliqué que deux autres de ses coéquipières, Jordyn Huitema et Celin Bizet Ildhusøy, lui auraient dit qu’à son départ du restaurant, elles avaient vu une voiture les suivre.

Pourquoi Aminata Diallo est soupçonnée dans l’agression de Kheira Hamraoui ?

Pourquoi Aminata Diallo, la joueuse du PSG, coéquipière de Kheira Hamraoui, a-t-elle été placée en garde à vue à la mi-novembre 2021 et mi-septembre 2022 avant d’être mise en examen pour « violences aggravées » ? Selon plusieurs sources, la piste d’une rivalité interne au sein du PSG a très vite été explorée par les enquêteurs. Après l’agression du 4 novembre 2021, Kheira Hamraoui n’a pas pu en effet honorer sa place de titulaire en Ligue des champions face au Real Madrid alors qu’Aminata Diallo, sa concurrente au même poste au milieu de terrain, était titulaire. Appelée en équipe de France après deux ans d’absence, la victime a également du déclarer forfait et a été remplacée par. Aminata Diallo.

Selon L’Equipe, Aminata Diallo se serait montrée « très coopérative » et « très correcte » durant sa première garde à vue, en novembre 2021. La milieu de terrain s’est défendue d’avoir la moindre implication dans cette agression et aurait également assuré n’avoir aucun intérêt à s’en prendre ainsi à sa coéquipière et amie Kheira Hamraoui. La footballeuse avait à l’époque été écartée de tout soupçon. Son avocat, interrogé par BFM TV le 16 novembre, avait au passage fustigé le traitement de sa cliente. « Je suis très heureux, définitivement je crois, que ma cliente est mise hors de cause », avait-il confié. « Elle est ressortie libre d’une garde à vue, à mon sens, infamante, scandaleuse et incohérente », avait-il déploré.

Que dévoile le rapport d’enquête dans l’affaire Hamraoui – Diallo ?

Dans un long article publié le lundi 19 septembre, en marge de la seconde garde à vue suivie de la mise en examen d’Aminata Diallo, Le Parisien a dévoilé les détails du rapport d’enquête retraçant l’origine présumée du conflit. « Il a ainsi été prouvé de manière irréfutable qu’Aminata Diallo nourrissait une véritable haine à l’encontre de sa partenaire de club qu’elle considérait comme un obstacle à sa propre carrière sportive », indiqueraient les enquêteurs de la BRB dans ce rapport, qui se base en partie sur des écoutes téléphoniques de la joueuse.

Dans le rapport, un « projet insensé criminel » serait évoqué et Aminata Diallo dépeinte comme une joueuse à la « volonté indéfectible » de « réussir au plus vite sa carrière », nourrissant au passage une « longue jalousie sportive » pour Kheira Hamraoui, qu’elle surnomme régulièrement « l’autre pute ». Un des proches d’Aminata Diallo, surnommé « Jaja », est aussi présenté comme un possible homme de main, capable d’exécuter un projet violent à l’encontre de Kheira Hamraoui  : « Si j’étais mauvaise, jalouse et calculatrice comme elle… Je lui dis détruis-la, il la détruit », aurait déclaré Amina Diallo. 

Le rapport dévoilerait également des propos déplacés envers les dirigeants du PSG. « Je vais devenir sans scrupule maintenant  ! J’ai besoin de personne mais me niquer mon travail gratuitement j’accepte pas… Je leur souhaite tous du mal, je n’ai besoin que de mes proches », aurait ainsi affirmé Amina Diallo. « J’aurais dû faire en sorte que ça lui découpe les jambes », aurait-elle également dit à propos d’un contentieux qui l’a opposée à un ex-entraîneur du club.

Alors que l’enquête se poursuit, ce rapport mettrait également en avant, selon Le Parisien, des recherches évocatrices qu’aurait réalisées la milieu du PSG sur Google, comme « casser une rotule » et « cocktail de médicaments dangereux ».

« Comment ça elle peut encore marcher ? J’ai donné un bon coup vers le genou. »

Le document de la PJ de Versailles s’attarderait aussi les quatre homme mis en examen avec Aminata Diallo mi-septembre. Lors de leurs auditions. En plus des écoutes téléphoniques, l’exploration de l’application Snapchat et de l’application Waze sur les téléphones des suspects laisserait penser à une organisation précise le soir des événements, avec notamment un rendez-vous donné à Chatou, au moment précis où Diallo, Hamraoui et Karchaoui quittaient le restaurant.

L’un des suspect aurait rapporté une conversation téléphonique houleuse entre l’un des agresseurs et « un ami » d’Aminata Diallo, juste après le guet apens. « Le petit et son pote ont alors mis une cagoule puis c’est le petit qui a pris une barre de fer et ils sont sortis en direction des joueuses (…). Cela a duré deux trois minutes puis ils sont revenus en courant. À ce moment, l’ami de la joueuse a rappelé le petit de Villeneuve en lui disant que ce qu’ils avaient fait ce n’était pas assez et qu’il fallait qu’ils y retournent pour bien lui casser le genou ». Un autre suspect dit avoir entendu ce même « petit » rétorquer  : « Comment ça c’est pas bien fait ? Comment ça elle peut encore marcher ? J’ai donné un bon coup vers le genou. Normalement elle pourra pas jouer le match de demain comme prévu  !  » L’auteur des coups n’aurait pas encore été identifié. La police suspecterait un homme lié au grand banditisme, que personne ne veut dénoncer par peur de représailles.

Quelle a été la réaction du Paris-Saint-Germain ?

Le PSG, au courant de l’affaire, avait produit un communiqué en novembre 2021, prenant acte de la garde à vue d’Aminata Diallo. « Le Paris Saint-Germain prend acte de la mise en garde à vue ce matin d’Aminata Diallo par le SRPJ de Versailles dans le cadre de la procédure ouverte suite à une agression jeudi soir dernier à l’encontre de joueuses du Club. Le Paris Saint-Germain condamne avec la plus grande fermeté les violences commises. Depuis jeudi 4 novembre au soir, le Club a pris toutes les dispositions nécessaires pour garantir la santé, le bien-être et la sécurité de ses joueuses. Le Paris Saint-Germain collabore avec le SRPJ de Versailles pour faire toute la lumière sur les faits. Le Club est attentif au déroulement de la procédure et étudiera les suites à y donner. » Après sa remise en liberté, le PSG a de nouveau communiqué, « le club reste aux côtés de ses joueuses pour leur permettre de surmonter cette épreuve et retrouver rapidement de la sérénité. Le Paris-Saint-Germain réitère sa confiance dans la justice pour faire toute la lumière sur les événements ».

Un temps protégées par le PSG, avec interdiction de s’exprimer publiquement dans cette affaire, les deux joueuses ont finalement vu leurs carrières respectives perturbées par le scandale. Kheira Hamraoui est restée à la marge du groupe, faisant l’objet de tensions avec d’autres joueuses après l’affaire et peinant à trouver du temps de jeu en fin de saison 2021-2022 comme au début de cette saison. En l’absence d’accord avec une autre formation à la fin du mercato, le PSG a fait le choix de sa réintégration au sein de l’effectif professionnel, annonçant le 20 septembre sa « mise à disposition » du coach Gérard Prêcheur.

Arrivée en fin de contrat au PSG à la fin de la saison 2021-2022, Aminata Diallo n’a pour sa part pas été reconduite et se trouve sans club depuis l’été 2022. Au moment d’écrire ces lignes, le club parisien n’avait pas réagi à la seconde garde à vue de son ancienne joueuse.

Pourquoi la famille Mbappé a été citée dans cette affaire ?

Les enquêteurs auraient établi un lien entre le clan Mbappé et Aminata Diallo, notamment via des échanges entre Fayza Lamari, la mère de Kylian Mbappé, et le duo Diallo – César M. l’ancien conseiller de la joueuse. Fayza Lamari aurait notamment rencontré Aminata Diallo dans le cadre d’un projet de documentaire sur l’affaire Hamraoui, porté par Zebra Valley, la société de production de Kylian Mbappé.

Selon une écoute téléphonique. « Je confirme des échanges informels et désintéressés avec les dirigeants du PSG. Quand j’ai appris que le PSG ne souhaitait pas offrir un nouveau contrat à Aminata pour des raisons probablement liées à l’affaire, j’ai pris mes distances », a expliqué la mère de Kylian Mbappé, dans des propos rapportés par Le Parisien.

Pourquoi le nom d’Eric Abidal est apparu dans l’affaire Kheira Hamraoui ?

Le nom d’Eric Abidal, figure de l’équipe de France masculine de football eu début des années 2000, a lui aussi été un temps évoqué dans l’affaire Hamraoui. Selon plusieurs joueuses du PSG citées par Le Monde et L’Equipe notamment, Kheira Hamraoui aurait en effet téléphoné à l’ancien l’international français le 5 novembre 2021, au lendemain de son agression. Pour quelle raison ? Selon L’Equipe, cette discussion a été placée sur haut-parleur, la rendant audible auprès de deux coéquipières de Kheira Hamraoui  : Sakina Karchaoui et Aminata Diallo elle-même. Lors de cet échange, Hamraoui aurait demandé à Abidal si sa femme était capable de lui faire du mal. Le joueur aurait répondu par la négative avant de découvrir « avec stupeur » la violente agression.

Selon le récit de des premières auditions relayé encore une fois par L’Equipe, Kheira Hamraoui et Aminata Diallo ont toutes deux confirmé avoir entendu les agresseurs lancer à la victime  : « Alors comme ça, on couche avec des hommes mariés ? » Pour rappel, Eric Abidal était le directeur sportif du FC Barcelone de 2018 à 2020, une période pendant laquelle Kheira Hamraoui portait les couleurs du club. L’internationale française a joué pour le club catalan de 2018 jusqu’à l’été 2021, lors duquel elle a rejoint le PSG.

Mise en cause, la femme d’Eric Abidal, Hayet Abidal, a indiqué fin 2021, par l’intermédiaire de son avocat, qu’elle souhaitait s’exprimer auprès de la police « afin de faire cesser la rumeur ». « Hayet Abidal n’a rien à voir avec ces faits », avait ajouté Me Nicolas Cellupica, en précisant que sa cliente, une mère de famille, ne ferait « aucun commentaire sur ce dossier ».