un an après le rapport Sauvé, les victimes se réunissent pour se faire entendre


, le 9 octobre 2022

Près d’un an après le rapport-choc de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église catholique, treize collectifs et associations de victimes se réunissaient samedi à l’Hôtel de Ville de Paris. Objectif  : faire entendre leur voix dans le processus de réparation actuellement en cours. Olivier Savignac, de l’association « Parler et Revivre », co-organisateur de la rencontre, explique la démarche.Quel était le but de cette réunion ?Il s’agissait de provoquer une rencontre entre tous les collectifs et associations actifs sur les questions de pédo-criminalité et d’agression sur majeurs au sein de l’Eglise. Pour nous, c’est l’amorce d’une réflexion commune pour apporter des réponses aux défis actuels  : la reconnaissance et la réparation sur lesquelles travaillent actuellement deux instances (NDLR  : l’Inirr, instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation, et le CRR, commission reconnaissance et réparation). Ainsi qu’aux défis à venir : le devoir de mémoire et les démarches de prévention. Cette journée marque le début d’une co-construction. L’idée est de bâtir un réseau et de mettre en place une plateforme commune entre tous les représentants des victimes.Quels messages souhaitent porter les collectifs ?Nous aimerions que les instances de réparation collaborent davantage avec les collectifs de victimes. C’est très important d’écouter notre expertise. Pour l’instant, nous sommes plus consultés que véritablement associés. Pourtant, nous avons des choses à dire au sujet du traitement des personnes agressées, des délais, de sa nécessaire professionnalisation pour assurer l’équité. Nous les invitons à mettre en place des binômes d’écoutants _ un psychologue et un juriste _, à permettre d’avoir une aide psychologique extérieure et à organiser des rencontres physiques. Actuellement, neuf victimes sur dix sont écoutées par téléphone ou en visio. Une rencontre en présentiel, c’est pourtant très important pour incarner le « je te crois ». 

« L’idée est de bâtir un réseau et de mettre en place une plateforme commune entre tous les représentants des victimes. »

A ce jour, l’Inirr, contactée par 1004 personnes, a pris 60 décisions (dont 45 avec un volet financier). Comment aller plus vite ?Nous sommes dans une impasse s’il n’y a pas de montée dans la prise en charge des demandes. La seule bonne volonté ne suffit pas. L’attente est insupportable pour les victimes. Celles qui ont répondu à notre questionnaire nous le disent  : sur une échelle de 1 à 10, le 1 étant le niveau zéro, le dix le niveau maximal, les trois quarts de celles qui ont déposé une demande et été entendues plusieurs mois après évoquent un stress situé entre 5 et 10. Celles qui attendent encore d’être reçues, entre 7 et 10. C’est très lourd psychologiquement.Marie Derain, la présidente de l’Inirr, continue de recruter plus de référents pour recueillir la parole des victimes, mais cela prend du temps…Dès le mois de juin, nous lui avons conseillé de régionaliser le recrutement. Sa réponse a été négative. Tout doit passer par Paris. On a pourtant des personnes en milieu rural qui souhaiteraient recevoir un référent chez eux. Mais ce n’est pas possible. C’est dommage  : cela permettrait pourtant d’accélérer le recrutement et de développer les échanges en présentiel. Les personnes qui nous appellent nous le disent  : elles préfèreraient une vraie rencontre. 

« Nous sommes dans une impasse s’il n’y a pas de montée dans la prise en charge des demandes. « 

Au-delà de ces questions de réparation, que souhaitez-vous ?L’Église doit continuer à lutter contre les abus et des violences sexuelles. Il ne s’agit pas de tourner la page, ni de se démettre de la question en la reportant sur les instances chargées des réparations. Nous regrettons, par exemple, que la lettre de mission adressée à Marie Derain, la présidente de l’Inirr, ferme la porte à toute personne agressée majeure au moment des faits. Le CRR, lui, prend en compte les majeurs et les mineurs. Ces inégalités ne sont pas admissibles. Il faut aussi continuer à inciter les victimes qui n’ont pas encore parlé à sortir de leur mutisme.