les anciens collègues du policier témoignent


En sept mois. mais aussi par des actes dont l’interprétation prête à confusion a posteriori.

Mon approche est de ne pas rester dans le chemin pour ne plus être dans la zone de danger. À ce moment-là, il n’y a plus besoin de tirer. La nécessité absolue intervient quand l’agent n’a pas d’autre possibilité», a répondu hier après-midi un instructeur d’usage des armes aux questions de Me Penning, qui lui pose des cas d’école.

Une approche qu’il partage avec les témoins et experts de la police entendus ces derniers jours. «On ne tire pas sur une voiture.» La phrase a été répétée à de nombreuses reprises, comme le souligne la présidente de la 13e chambre criminelle du tribunal de l’arrondissement de Luxembourg à l’intention de l’avocat de la défense. «Même si cela ne vous arrange pas.»

On tourne en rond. Proportionnalité des moyens, nécessité absolue, légitime défense, course poursuite… tout semble n’être qu’une question de nuances. «Je ne peux vous dire que ce que je préconiserais dans mes cours, je ne connais pas les faits».

Agacée, la présidente change de perspective : «Qui a dit que la victime voulait lui foncer dessus ? Des témoins donnent des versions différentes de celles du prévenu.»

La ronde des témoins a ensuite repris avec les anciens collègues du prévenu au commissariat de Bonnevoie. Une première fournée a été soumise à un interrogatoire serré de la présidente.

Souvenirs vacillants quatre ans après les faits, confusion, demi-mots, précautions pour n’accabler personne.

«De mauvaises blagues»

Le commissaire en chef indique à la barre «ne jamais avoir rien remarqué de son comportement avant qu’on (lui) en parle». «Les agents ont commencé à parler après les faits», témoigne-t-il, confirmant ce que les témoins ont rapporté avant lui.

Le prévenu aurait notamment dit à un collègue être impatient «de pouvoir récupérer son arme de service pour pouvoir plomber quelqu’un». «C’était totalement déplacé», juge-t-il. « »Plomber », je l’ai entendu à plusieurs reprises. C’étaient de mauvaises blagues. Au début, on en rit. Après les faits, ses blagues ont pris une autre connotation.»

Une collègue rapporte avoir vu le prévenu mettre en joue une personne en plein interrogatoire avec une autre collègue ainsi que sa façon de «jouer» avec son arme et son holster. Il aurait également «attendu» une fusillade. Un brigadier aux nombreuses années de service avec lequel le prévenu patrouillait le jour des faits se serait plaint «que le prévenu jouait au petit chef» avec lui et avait braqué son arme sur un suspect immobilisé au sol au cours d’une arrestation.

La présidente demande pourquoi la hiérarchie n’a rien fait plus tôt pour calmer cette mésentente et pour faire passer ses mauvaises habitudes au prévenu. Elle n’a pas obtenu de réponse satisfaisante.

Si l’acte commis par le prévenu n’a pas été sans conséquence sur le commissariat de Bonnevoie, ses anciens collègues n’ont pas cherché à l’enfoncer davantage. Jeunesse et manque d’expérience et d’encadrement sont mis en avant. «La situation lui pesait», reconnaît l’un d’eux. «Il a continué à bien faire son travail, mais ce qu’il a dit après les faits, il l’a dit.» Une coéquipière issue de la même promotion que le prévenu est plus tendre. «Nous étions motivés, mais nous ne connaissions pas les procédures. Du coup, nous n’étions pas sûrs de nous.»

«Je n’ai jamais eu de problèmes avec lui, note une deuxième. Je ne voulais plus patrouiller avec lui parce que tout allait trop vite. Peut-être parce qu’on ne se connaissait pas assez bien, parce qu’on fonctionnait différemment ou parce qu’il ne me disait pas ce qu’il comptait faire.» Elle ajoute que, «pour (eux) tous, il était clair qu’il avait agi en légitime défense».

Ce matin, le brigadier et l’inspecteur qui patrouillaient avec le prévenu dans Bonnevoie le 11 avril 2018 seront entendus sur les circonstances qui l’ont amené à faire usage de son arme. Pascal Ricquier, le président du Syndicat national de la police grand-ducale, est également appelé à témoigner.