Assises Hainaut  : “Il était très dépressif, je ne l’avais vu comme ça” affirme le médecin de la famille Goemaere


Mardi, lors du deuxième jour de son procès aux assises à Mons, la question a été posée à un psychiatre, le docteur Xavier Bongaerts, et un psychologue, Donatien Maquet, experts judiciaires désignés en janvier 2022 par le juge d’instruction. La cour a également auditionné le médecin généraliste de l’accusé, le docteur Jacques Boudelet.

Le médecin de famille

Le docteur Boudelet, 70 ans, est médecin généraliste.

Assises Hainaut  : “Il était très dépressif, je ne l’avais vu comme ça” affirme le médecin de la famille Goemaere

Il connaissait l’accusé depuis quatre à cinq ans, depuis que Christelle était devenue la femme de ménage dans son foyer. “Par période, il était plus fatigué, il ne dormait pas. je ne lui ai alors rien prescrit”, dit-il.

Christelle, quant à elle, consommait des antidépresseurs bien avant leur rencontre.Le 9 décembre 2021, Pascal Goemaere s’est rendu chez son médecin, en soirée. “Il était très dépressif, je ne l’avais vu comme ça.

Il était effondré, il m’a dit qu’il ne dormait plus depuis plusieurs semaines, qu’il avait perdu du poids, qu’il était inquiet par la nouvelle situation de travail de son épouse. Je pense qu’il avait peur qu’elle rencontre d’autres hommes, mais il ne m’a pas dit qu’elle avait rencontré Pierre, Paul… Je ne vais pas dire Jacques, parce que c’est moi”, sourit le médecin.Assises du Hainaut : Pascal Goemaere ne sait pas pourquoi il a tué son épouse et déclare qu’il n’avait aucune raison de lui faire du malCette fois, le médecin lui a prescrit un antidépresseur et un peu de Xanax “pour essayer de l’apaiser, car il n’était pas bien du tout”.

Cela lui semblait impératif de prendre quelque chose. Toutefois, l’accusé n’a consommé qu’un médicament, le Remergon (mirtazapine). Pour le médecin, ce n’est pas assez.

Psys

Les psys ont rencontré l’accusé, à cinq reprises, lors de l’instruction. Pascal Goemaere s’est confié à eux, reconnaissant avoir tué son épouse, mais ne sachant pas vraiment pourquoi. Il a toutefois éveillé quelques pistes.

“Il a parlé de dépression saisonnière, au début de nos entretiens, mais il y a aussi le fait qu’une jalousie existait au sein du couple. La troisième cause de son énervement était la présence de tous ces animaux chez lui, qui devait assurer la propreté. Il a cité plusieurs tromperies dans le chef de son épouse, et le fait qu’elle travaillait avec des hommes l’inquiétait”, raconte le psychiatre.

Le psychologue ne retient pas, à travers les tests effectués, un problème dépressif majeur. Toutefois, il relève des troubles affectifs liés aux saisons, avec changement d’humeur cyclique. L’accusé a décrit de grosses ruminations mentales, des anxiétés.

Le psychiatre relève que le médecin généraliste de Pascal Goemaere n’a relevé aucun trouble dépressif avant le 9 décembre 2021. L’humeur dépressive de l’accusé se mélange alors à un trouble d’adaptation, lié au nouveau travail de son épouse au sein de la savonnerie Vandeputte.

Toxicologue

Vincent Di Fazio, expert toxicologue, a analysé le sang de l’accusé, prélevé le 16 décembre 2021 à 3h00.

L’expert a retrouvé des traces infrathérapeutiques d’un antidépresseur et du Paracétamol. L’accusé a déclaré que, le jour du crime, il ne prenait plus un médicament prescrit par son médecin (Remergon), se contentant d’un Dafalgan (Paracétamol).Selon l’accusé, il a consommé un Remergon (mirtazapine) le 9 décembre.

“Le temps de vie de trente à quarante heures diminue de moitié la substance dans le sang. La fenêtre de détection est de deux cents heures. Selon moi, cela paraît être une hypothèse plausible, cela tient la route d’un point de vue scientifique”.

Assises Hainaut : Christelle voulait déménager, avant de se rétracter, “c’est la dernière fois qu’il me fait du mal” avait-elle dit à sa sœurLe Remergon a-t-il des effets secondaires, comme des hallucinations ? Monsieur Di Fazio ne peut l’affirmer. “C’est un antidépresseur qui n’agit pas très vite et qui stimule l’appétit”, répond le psychiatre. Le docteur Boudelet confirme qu’il fait attendre une ou deux semaines pour avoir un effet positif sur le moral.

Concernant les effets secondaires, ils sont souvent des passages à l’acte dirigés vers soi-même. La psychologue de la prison déclare que l’accusé lui a dit qu’il avait tenté de mettre fin à ses jours. “Il a pris une gélule, une semaine avant les faits”, remarque l’avocat général.

Aucun trouble mental

Selon les experts, Pascal Goemaere ne souffre d’aucun trouble mental. Il est responsable de ses actes. Il ne souffre pas non plus d’un trouble de personnalité, mais il ne prend pas vraiment de recul.

L’accusé a tenté d’étrangler son épouse et l’a frappée de vingt-six coups de couteau portés dans le cou et à l’arrière de la tête. L‘urgentiste, qui est intervenu la nuit des faits, a été marqué par la langue de la victime. “Elle sortait de la bouche de manière impressionnante, comme si elle avait cherché de l’air”.

Trou noir

Il dit avoir vu noir. Il s’est décrit hors de lui, hors de la réalité, selon le psychologue. Un trou noir ? demande le président.

“Selon moi, le trou noir est plutôt un rejet de la réalité trop douloureuse, dans le subconscient”, répond le psychiatre. Me Rivière, avocat de l’accusé, demande au médecin d’en dire plus. “Il est en difficulté de reconnaître que c’est lui qu’il a fait ce genre de chose, mais d’un autre côté, il sait que c’est lui”, répond le médecin.

Le 14 mars 2023, l’accusé déclare qu’il a rencontré un autre psychiatre en prison, et que ce médecin lui a prescrit deux médicaments qu’il consomme, un antidépresseur plus stimulant (Prozac) et un sédatif.

Bipolaire ?

“Quelqu’un dans le dossier évoque un trouble bipolaire dans le chef de l’accusé, que pouvez-vous nous dire ? ” demande l’avocat général, Pierre Hustin. Le psychiatre répond qu’il existe plusieurs types de bipolarité.

“Pour moi, la bipolarité ne se retrouve pas chez lui”, répond le psychiatre.Me Rivière relève que l’accusé avait tendance à tout nettoyer de manière obsessionnelle, quelques jours avant les faits, selon des témoins. Le psychologue répond que c’est une manière de gérer les tensions, chez des gens qui ont des passages plus anxieux.

“Chez lui, c’est lié aux ruminations”, répond le psychologue.