Dernière ligne droite pour la vente de M6


La vente du groupe M6 entre dans sa dernière ligne droite. Les prétendants au rachat que sont TF1, Vivendi, Xavier Niel, Daniel Kretinsky ou encore Mediaset, doivent déposer leurs dernières offres ces jours-ci avant la décision finale de Bertelsmann, le propriétaire. Tous sont à pied d’oeuvre pour les peaufiner et s’apprêtent à passer « un de leurs pires ponts de l’Ascension  ! », ironise l’un d’eux.

Nombreux sont ceux qui, à ce stade, considèrent que TF1 a déjà gagné la partie, aussi complexe que soit le scénario d’un rapprochement avec TF1 sur le plan réglementaire. « C’est TF1 qui a gagné  ! », s’esclaffe ainsi l’une des multiples sources travaillant à une offre de rachat de M6, ne semblant plus croire en ses chances…C’est, en tout cas, l’hypothèse que Bertelsmann a en tête depuis le départ. Son président Thomas Rabe clame depuis des mois que l’avenir est aux groupes nationaux forts et rêve, dans son pays, de fusionner RTL Group avec ProsibienSat.

1. Pouvoir dire demain Outre-Rhin qu’en France ce mouvement est en marche avec TF1/M6 regroupés et qu’il en est lui-même à l’origine, serait une belle « equity story » à raconter à ses actionnaires.

TF1 accompagné ?

En France. un poids énorme.

L’autorité de la concurrence ne manquerait pas de poser des verrous pour limiter ce pouvoir. Au risque pour l’acheteur de réduire fortement l’intérêt de l’opération. Mais la transformation rapide à laquelle est confronté ce secteur actuellement, avec les « disrupteurs » Netflix, Disney + et autre Amazon Prime Video mais aussi Google et Facebook, est sans doute la promesse que ceux-ci puissent être levés dans quelques années… Cela semble être le pari que fait TF1.

Ce qui est sûr, c’est que les « break up fees », ces frais payés par l’acheteur si la transaction ne peut pas s’effectuer en cas, par exemple, de veto posé par l’Autorité de la concurrence, promettent d’être élevés dans l’hypothèse d’un mariage entre TF1 et M6. Ils atteignent parfois 10 % de la taille d’une transaction (M6 pèse 2,2 milliards d’euros en Bourse).Aujourd’hui, Bertelsmann est véritablement face à un dilemme  : il a le choix entre, d’un côté, un TF1 qui peut se permettre de payer plus cher car il a beaucoup de synergies à espérer d’un rapprochement mais risque un blocage réglementaire ; et, de l’autre, un acheteur comme Xavier Niel, Daniel Kretinsky Mediaset, voire dans une certaine mesure Vivendi, qui ont tous peu ou moins de chances de rencontrer ce type d’obstacle… mais paieront moins cher les 48 % de M6 que détient le groupe allemand.

Pour être sûrs de mettre les régulateurs de leur côté, Bertelsmann et TF1 pourraient décider que ce dernier ne prenne pas directement toutes les actions de Bertelsmann et soit accompagné par un fonds d’investissement, sachant que ce type d’acteur financier a vocation à revendre assez vite. Bertelsmann pourrait aussi rester actionnaire du nouvel ensemble et Bouygues pourrait négocier un droit de préemption sur le rachat, plus tard, de la part de l’Allemand. Même avec moins que 48 %, TF1 pourrait commencer à dégager des synergies avec M6.

Niel et Vivendi en embuscade

Parmi les autres postulants, Xavier Niel – avec Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton – apparaît comme le premier challenger de TF1. De sources concordantes, il serait déterminé à obtenir M6 et préparerait une offre « canon », murmure-t-on dans le PAF. Mais manifestement pas au point de faire tomber celle, très avantageuse de TF1.

Comme le résume un bon connaisseur du sujet  : « challenger quelqu’un qui a autant de millions de synergies (que TF1, NDLR), ça n’existe pas  ! »Un autre candidat, Vivendi, n’est pas non plus à négliger. Certains soulignent qu’il serait loin d’avoir jeté l’éponge comme semblent le penser d’autres, qui relèvent que, le groupe contrôlé par Vincent Bolloré ayant un poids prépondérant au capital de Lagardère et donc chez Europe 1, radio concurrente de RTL, laquelle appartient à M6, cela lui suffirait.Comme à chaque fois, dans ce jeu de poker menteur, tout est permis, y compris de faire croire à un réel intérêt pour le rachat de M6 dans le seul but de faire monter les enchères pour les concurrents de son secteur.

Quant aux autres, l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky, propriétaire de « Marianne », « Elle », « Télé 7 Jours » ou encore actionnaire minoritaire de l’allemand ProsiebenSat.1, il s’apprêterait à déposer une offre « raisonnable »… Peut-être trop pour retenir l’attention de Bertelsmann ? L’italien Mediaset, lui, s’il rêve toujours de M6, a déjà dit publiquement qu’il n’y croyait plus vraiment.Les prétendants seront vite fixés.

Après le dépôt des offres Bertelsmann peut demander d’améliorer certains prix, avant d’annoncer des négociations exclusives, ou organiser un deuxième tour. Quoiqu’il arrive, le sort de M6 devrait être fixé avant la fin juin.