sans foi ni loi ?


Quand la Russie a envahi l’Ukraine il y a deux ans, très peu de monde, quasi-personne, en Occident n’a pensé qu’il serait juste que les Ukrainiens restent les bras croisés. Au contraire, il est apparu immédiatement comme des plus naturels, des plus nécessaires et pour le dire des plus justes que les Ukrainiens se défendent militairement et entrent en guerre contre leur agresseur. Depuis, les démocraties européennes sont invariablement solidaires du peuple Ukrainien, même si l’histoire et la géographie de chaque pays modulent les différentes réactions.

Face à l’addition quotidienne de victimes nouvelles, on ne peut que désirer que le conflit sorte de l’enlisement et se finisse au plus vite. C’est un truisme de le dire, mais la seule fin souhaitable pour l’Ukraine comme pour l’Occident est la victoire militaire sur la Russie poutinienne. Alors quand lundi dernier, le président Emmanuel Macron a parlé d’envoi officiel et assumé de troupes au sol, il posait en fait la question d’ajuster nos moyens à cette fin.

sans foi ni loi ?

Au-delà de la question de l’opportunité politique et stratégique de l’annoncer ainsi, cette déclaration nous renvoie la question morale suivante : en quoi l’envoi de troupes sur une terre déjà en conflit peut-il contribuer au bien ? Car la guerre tue ; elle est donc toujours porteuse d’une part de mal.Il faut bien reconnaître que la guerre est parfois nécessaire au nom même de notre idéal du bien et de la justice. Au XIIIe siècle Saint Thomas d’Aquin a réfléchi à la « guerre juste ».

C’est depuis un concept à manier avec des pincettes vu ses effets dans l’Histoire, mais qui a retrouvé de sa pertinence avec les drames du XXe siècle, en particulier la seconde guerre mondiale. Il est des circonstances dans l’histoire des peuples où prendre les armes s’impose.Comment être fidèle au Christ et à son évangile dans ces circonstances-là ? Comme cela prévaut pour toute réalité humaine, l’horizon chrétien de la réflexion est l’amour ; il est de répondre au mal par le bien comme le dit saint Paul ; il est de ne pas être violent et de ranger les épées dans les fourreaux comme Jésus le demande à Pierre.

Sur cette base peut être pensée l’action. Pour l’Église, quand une agression est réelle et quand il n’y a pas d’autres solutions que de lui opposer une force militaire, ce qui est le cas en Ukraine, quand les moyens employés sont proportionnés à l’objectif, ici de redonner ses frontières à l’Ukraine, quand l’autorité qui agit est légitime, alors on a réuni les conditions de l’engagement des forces.Avec ce point supplémentaire à regarder : l’opération militaire ne doit pas être sans espoir de secourir les victimes et de faire triompher le droit.

Elle ne doit pas être un baroud d’honneur qui ne ferait qu’ajouter plus de victimes sans changer le sort des populations. C’est en ce point que nous nous tenons. Que nous faudra-t-il faire, ni trop ni trop peu, pour espérer sortir l’Ukraine de ses souffrances ?