les compensations financières de Berlin en Namibie


C’est une page d’histoire qui vient de s’écrire. Vendredi 28 mai, Berlin a reconnu sa culpabilité dans l’extermination de 80 000 membres des tribus Hereros et Namas de Namibie entre 1904 et 1908. un génocide », a ainsi expliqué le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas. Et ultérieurement d’une cérémonie à Windhoek, la capitale de cet état d’Afrique australe. Le chef de la diplomatie allemande s’est aussi empressé d’ajouter que le texte n’étant pas soumis au droit international, « il n’est pas possible d’en déduire des demandes d’indemnisation ». Reste que l’Allemagne devrait quand même mettre la main à la poche.

Comment dédommager les victimes ?

« Or comment dédommager d’un génocide ? C’est bien sûr vain et impossible, explique le chercheur germano-camerounais Paul-Simon Handy, spécialiste des questions stratégiques africaines à l’Institut d’études sur la sécurité de Pretoria (ISS). Quand il a fallu trouver un chiffre en terme de compensation financière, les deux parties se sont appuyées sur des choses simples: le nombre des victimes bien sûr, mais aussi l’évaluation des préjudice moraux et économiques subis par ces victimes notamment en fonction de leurs métiers. Dans le cas de cet accord, je remarque que l’argent promis par l’Allemagne, correspond à peu de chose prés à l’aide au développement versée par Berlin à la Namibie depuis 1990. Là est peut-être la clé », suppute-t-il. Soit 1,1 milliard d’euros sur trente ans pour les populations des régions où s’est déroulé le génocide. Ce n’est bien sûr que le volet financier de ce texte.Car cette séquence – la plus brutale – de l’histoire coloniale allemande de 1884 à 1915, appelle d’abord et avant tout à un devoir de mémoire. Là-bas, la cohabitation des fermiers allemands avec les tribus locales, d’abord paisible, a vite tourné au cauchemar au fur et à mesure que le nombre des colons grossissait. Très vite, les brimades et les exactions des fermiers infligés aux peuples de bergers que sont les Hereros et les Namas ont provoqué des mouvements de révolte.Ainsi le 12 janvier 1904, un groupe de Hereros, privés de leurs terres et de leur bétail dans le territoire semi-désertique de l’actuelle Namibie, a massacré 123 civils allemands. La rébellion des Namas a suivi de peu. L’Allemagne a répondu par l’envoi d’un corps expéditionnaire de 15 000 hommes. La répression fut alors systématique et monstrueuse. Plusieurs centaines de corps et de crânes seront par la suite expédiés en Allemagne pour mener des expériences scientifiques censées prouver la supériorité des Blancs sur les Noirs  !

Un siècle pour que l’Allemagne accepte la réalité

Il faudra attendre un siècle pour que Berlin commence à accepter la réalité. En 2004. Celle-ci présente ses excuses pour les « atrocités » commises et qui « seraient appelées aujourd’hui génocide ». Mais rien de plus. En 2011 puis en 2018, des ossements de membres des tribus Herero et Nama sont aussi remis à la Namibie.Six ans plus tard, un accord est donc trouvé qui peut sonner comme une victoire pour les descendants des victimes. Mais un accord qui selon Paul-Simon Handy, a aussi sa part d’ambiguité : « C’est certes le premier acte de repentance d’une ancienne puissance coloniale qui met en cause l’ensemble de la politique coloniale et place le génocide en son centre. Cela peut avoir un impact historiographique important sur l’histoire du colonialisme », estime-t-il. Mais c’est à double tranchant. Selon lui, l’insistance de l’Allemagne à ne pas se soumettre au droit international et à ses servitudes, a certes permis d’instaurer un cadre de négociation plus libre. « Mais il a aussi permis au gouvernement namibien de prendre le contrôle des négociations et d’en exclure des représentants importants des deux tribus. Il faudra donc voir avec le temps, si les aides profitent vraiment aux Hereros et aux Namas. Car si ce n’est pas le cas, les revendications risquent de reprendre de plus belles » prévient-il. Athènes : la dette de guerre allemande revient sur le devant de la scène